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Le monde agricole peut-il s’adapter au XXI° siècle…

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

Le monde agricole va mal, les manifestations en France et à Paris en ce mois de novembre le prouvent. Quelles en sont les raisons ? ...

 

 

... Elles sont multiples, mais certaines sont dominantes, car on n’est plus à l’époque de l’occupation on l’on suppliait les paysans pour avoir un œuf ou un morceau de beurre.

-          Depuis la libération le nombre d’exploitations a fortement diminué, le métier de paysan n’attire plus. Il est difficile, et maintenant mal rémunéré, surtout dans les petites et moyennes exploitations. Cette situation est d’autant plus difficile que les paysans ont modernisé leur matériel et se sont lourdement endettés. Comment rembourser avec des revenus en baisse constante ?

-          Dans le cadre des accords internationaux la France est engagée avec les autres pays de l’UE dans un Traité de libre Echange avec le Canada le CETA (Accord Economique et Commercial Global ou AECG).  Parmi les mesures comprises dans l’accord, le Canada pourra librement exporter de la viande, en particulier des bovins vers la France. Les agriculteurs ont été opposés à cet accord dès l’origine, dans la mesure où ils affirment que la concurrence leur sera nuisible et surtout que les mesures sanitaires, très strictes imposées en France, ne seront pas respectées (1) Malgré des mois de discussions, l’opposition paysanne n’a pas faibli, après avoir chassé les députés LRM lors d’une réunion à Cournon d’Auvergne (2) les contestataires ont bloqué le mercredi 27 novembre plusieurs artères à Paris, manifestation différente de celle des retraites prévue pour le 5 décembre.

A ces raisons qui semblent valables, même si on peut discuter les moyens utilisés, le vieillissement du monde agricole, dont les enfants bien souvent refusent de reprendre l’exploitation familiale, les paysans comme tous les français ont vieilli et ne souhaitent plus assumer certaines activités, compte tenu du niveau des salaires et des retraites (2) et que de nouvelles difficultés surgissent, comme celle de la lutte contre les pesticides.  A noter que l’Italie dont le nouveau Ministre de l’Agriculture, est M. Centinaio (membre d’un gouvernement 5 étoiles et de la Ligue) a déclaré à la Stampa, que l’Italie ne compte pas ratifier l’accord CETA, car «il ne garantit pas suffisamment la protection des appellations transalpines ». En France malgré une forte opposition, l’Assemblée Nationale a ratifié le CETA le 23 juillet 2019, ensuite il y aura le vote du Sénat, lequel pour le moment parait incertain...

Comme pour la crise des gilets jaunes, on ne peut que s’étonner de l’absence de perception des problèmes économiques et sociaux urgents à régler par les pouvoirs publics. Il faut arriver à une opposition frontale pour que les problèmes soient examinés et une solution imaginée. Le gouvernement ne peut pas dire que pour le CETA il ne savait pas. On ne pouvait pas dans ce traité inclure une clause telle que prévue par au chapitre 28 « Exceptions » : pas d’accord pour la viande ? S’adapter au XXIème  siècle ce n’est pas faire disparaître la moitié des paysans français.

(1)    La crainte des éleveurs porterait sur des bœufs nourris aux farines animales ou dopés aux antibiotiques.

(2)    Voir la critique de l’accord CETA dans le Monde du 13 novembre2019.