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La Russie regarde à l’Est a-t-elle été humiliée…

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

En 1945 tout semblait possible, l’Allemagne était vaincue, Américains et Russes se retrouvaient sur l’Elbe, les alliés triomphaient. Cinquante ans plus tard les choses ont bien changé...

 

 

... Après la fin de la guerre froide, qui a duré jusqu’à l’ère Gorbatchev, la chute du mur de Berlin, sans un coup de feu, après son élimination et la mort de Eltsine, le successeur Vladimir Poutine, choisi pourtant par Boris Eltsine, a commencé à regretter la période postérieure à la guerre, au moment où la Russie avait étendu son emprise sur une partie de l’Europe grâce aux partis communistes et à l’armée rouge. Poutine par une politique audacieuse et bien calculée, a réussi à reprendre certains territoires comme la Crimée ou étendre sa domination sur une partie de l’Ukraine, et surtout faire craindre une expansion possible vers l’Ouest pour des pays nordiques comme la Lituanie, l’Estonie et même la Pologne.

Désir de puissance, confiance en une armée redoutable, restauration de l’ancien Empire face aux Etats Unis et à la Chine ? Certainement un peu de tout cela, mais un autre sentiment s’est fait jour en Russie : elle aurait été « humiliée » suite à la perte de sa puissance, face à une Amérique orgueilleuse cherchant à régenter le monde. Désormais la Russie qui semblait prête à se lier avec l’Europe, s’en éloigne de plus en plus. Il est vrai que les désirs d’expansion maladroits de l’UE à l’Est, comme le dit Michaël Gorgatchev dans son ouvrage (1) « …après la guerre froide l’Ouest s’est proclamé vainqueur », ce qui n’a pu que renforcer ces sentiments.

Quelques dirigeants, comme le Président Macron, ont perçu ce risque. Il essaie maintenant de ramener la Russie dans l’Orbite Européen, ce qui n’est pas apprécié par certains pays de l’Est Européen comme nous l’avons souligné dans une précédente chronique (3). En outre, l’isolationnisme de Donald Trump ne fait qu’augmenter le sentiment de solitude en Europe : pas d’armée européenne, des divergences politiques, comme c’est le cas entre la France et l’Allemagne. Notre génération a vu les panzers dans la rue, faudra-t-il attendre comme en 1940 de voir les chars, cette fois russes, déferler dans nos villes ? On ne peut que souhaiter la réussite des tentatives Macron, mais il est vrai que les français ont actuellement d’autres préoccupations : la grève du 5 décembre pour la défense des retraites, les vacances de Noël, le ski, les difficultés de transport et les intempéries…La Russie a tort de se sentir humiliée, mais ce ressenti populaire sera difficile à être oublié, en outre la présence de deux empires, russe et chinois, avec des ambitions voisines… Regarder à l’Est, alors que comme le dit Gorbatchev « L’Europe, notre continent, notre logis » (P.119).

 LeLe monde du 3 novembre 2019, qui a perdu la Russie ? ;

(2)    Le futur du Monde global par Michaël Gorgatchev, Flammarion (page 27) «…la fin  de la guerre froide n’est devenue une réalité qu’avec la fin de l’Union Soviétique. Les leaders américains ont voulu y voir le résultat d’un rapport de force. Ils en ont conclu qu’il était nécessaire de continuer à étendre leur pouvoir militaire, d’imposer leur volonté, pour créer un monde unipolaire, un Empire Américain ». Lire, Chapitre « Les Etats Unis : monopole du Leadership ou bien partenariat ? et l’Europe notre continent, notre logis.

     (3) L’OTAN en état de mort cérébrale et l’article du 30 novembre 2019, « Entre l’Europe et la Russie, rien ne sera plus comme avant ».